L'exposition inaugurale "Face au soleil 1850-1950"

  • Du 27 novembre 2021 au 27 mars 2022
  • Bonnard, Boudin, Camoin, Cross, Dufy, Friesz, Picasso, Renoir, Signac, Valtat, Ziem, Chagall...

Pour fêter la renaissance du musée d’Hyères !

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expo_face_au_soleil_musee.jpg, par TPolard

Un nouveau musée, La Banque, musée des Cultures et du Paysage, voit le jour à Hyères à l’automne prochain.
À cette occasion, la municipalité hyéroise a souhaité associer à la présentation nouvelle et étoffée de ses collections permanentes, une exposition évoquant, entre terre et mer, et face au soleil, la découverte des paysages méditerranéens par les peintres, entre 1850 et 1950. Cette manifestation réunissant 65 tableaux prêtés par 35 musées et plusieurs collectionneurs particuliers et exposant 49 artistes, permettra de découvrir combien l’attrait d’une lumière nouvelle, bien éloignée de celle des ateliers, s’est faite progressivement et avec un succès grandissant.

Sur la route de l’Italie, mère incontestée et incontournable des arts, des peintres de toutes origines ont, très tôt, fréquenté le littoral méditerranéen. La plupart, cependant, ne firent que passer laissant aux artistes locaux le soin de chanter les paysages de leur région. Ceux-ci, tels que Paul Guigou ou Émile Loubon, privilégièrent ainsi, pendant longtemps, les plaines écrasées de soleil et les petites montagnes au-delà desquelles la mer aux couleurs de saphirs apparaissait timidement.

Au contact des visiteurs septentrionaux, les méridionaux firent évoluer leurs sujets. Certains regardèrent du côté de la peinture officielle, ainsi, Prosper Grésy qui, sous l’influence de ce qui se faisait au Salon, introduisit ses nymphes à l’ombre des sources jaillies au milieu d’une végétation de chênes verts ou de chênes lièges. D’autres, ensuite, tels Félix Ziem ou Jean-Baptiste Olive, mirent leurs pas dans ceux des nouveaux venus pour qui la mer, aux aspects éternellement recommencés, était un inépuisable champ d’expériences plastiques.

C’est que, depuis peu, arrivés par la récente ligne ferroviaire allant de Paris à Marseille, ces peintres du midi avaient vu s’installer de nouveaux artistes attirés par la douceur du climat – qui drainait aussi de nouveaux visiteurs, aristocrates et bourgeois, mais surtout amateurs et collectionneurs – et par des sujets nouveaux sous une lumière qu’ils ne connaissaient pas. Étonnamment, il ne s’agissait pas de novices mais de peintres confirmés qui transplantaient dans le midi une idée du paysage qui encore continuait d’être peinte en atelier. D’Ernest Meissonier, qui fut probablement un des plus efficaces promoteurs du goût pour le Sud, à Eugène Boudin, une nouvelle génération de peintres portait haut les couleurs de la Méditerranée et cela jusque sur les cimaises du Salon parisien.

L’effervescence créatrice qui suit la première grande révolution artistique qu’est l’impressionnisme va se faire ressentir aussi dans les rapports des peintres avec le Sud. Le rejet du travail en atelier supplanté par le travail en pleinair, la volonté de rendre la lumière de ce pays de cocagne dans sa fugacité et ses vibrations vont, d’Auguste Renoir à Paul Signac, d’Henri Edmond Cross à Louis Valtat, et même plus tard encore, avec Georges Ribemont-Dessaignes, exalter une couleur qu’on ignorait et qui ne fit qu’accroître l’attrait de la Méditerranée.

Un nouveau pas est franchi au début du XXe siècle où lumières et couleurs deviennent objets de délectation, ainsi chez Pierre Bonnard et Émile Othon Friesz, tandis que les sujets progressivement disparaissent quand ils ne sont pas sauvés par l’influence cézannienne et son approche géométrique des motifs chez Raoul Dufy ou André Masson.
Le motif provençal devient un prétexte à l’introspection et se décline en séries pour plusieurs artistes, les pigeons de Picasso, les oliviers de Edouard Pignon et les galets de Ladislas Kijno.
La Méditerranée devient le motif d’une création colorée, déstructurée ou recomposée à la manière de Marc Chagall qui réorganise le réel et crée un univers onirique. Ainsi les sentiments s’expriment avec exaltation allant de la douleur ou de la joie au mysticisme.
Dans leur quête radieuse ou douloureuse de cette lumière méditerranéenne vive et irradiante, ces artistes sont partis à la recherche d’une vérité ou d’une « lucidité » artistique ouvrant sur une création prolifique et interpellante car « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil » selon le poète René Char. (OEuvres complètes - Notes du recueil intitulé Feuillets d’Hypnos, rédigé entre 1943 et 1944 et dédicacé à Albert Camus.)

Dominique Lobstein
Historien de l’art

SCÉNOGRAPHIE
La Fabrique Créative
Henri Joaquim - Direction
Sylvie Dolly - Design, scénographie
Isabelle Abiven - Graphisme
30 rue de Charonne, 75011 Paris
01 42 72 15 47 - 01 42 72 44 46
AE3
Alain Jeanmet - Direction
Claude Goyet - Menuisier Ébéniste
William Cerret - Ebéniste métalier
1022, rue Max Chabaud, 3000 Nîmes
04 66 27 21 77 - 06 15 75 19 50

Parcours de l'exposition

De 1850 à 1950, la Provence a su inspirer successivement les talents locaux mais également accueillir des artistes originaires de toute la France. Attirés par la douceur du climat, la singularité des paysages et la présence du soleil, plusieurs sont devenus méditerranéens de coeur, tandis que les natifs provençaux, amoureux de leur terre natale, n’ont de cesse de la faire admirer. Si les peintres du Sud s’attachent à montrer leur pays de l’intérieur, la Provence, les
parisiens sont plus sensibles aux couleurs de la mer, au ciel et au soleil.
Ces représentations des paysages du sud et plus particulièrement des bords de mer, nous proposent une histoire de l’art et des mouvements qui se sont succédés durant une centaine d’années. Des terres provençales à la
Méditerranée, des paysages aux marines, des plaines aux ports, du réalisme à l’explosion de la couleur, les peintres interprètent au fil du temps un paysage magnifique, illustrant les différents courants de la peinture. Durant cette période, les artistes se sont confrontés aux mêmes sujets, parfois selon des principes esthétiques identiques, mais aussi différents. À l’universalité des débuts va répondre l’atomisation des dernières cimaises, kaléidoscope de cet embrasement de l’art aux rayons d’Hélios.

1. Célébrer l'âme de leur chère Provence (1850-1870)

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cannes_vue_de_la_napoule.jpg, par TPolard

Les sociétés des Amis des Arts de Marseille et de Toulon exposent, dès 1836, les artistes de l’école provençale, née sous l’impulsion d’Émile Loubon. Cherchant à célébrer l’âme de leur chère Provence, des artistes tels que Guigou, Grésy, Courdouan ou encore Monticelli, influencés par les courants réalistes et naturalistes, chantent leur terre natale dans une facture naturaliste. Unis par des principes esthétiques et artistiques communs, ces peintres issus pour certains de formations académiques, travaillent d’une manière proche et sur des thèmes identiques : les scènes de genre et les paysages, appréciés des amateurs. Des lavandières, des baigneuses, un troupeau, s’illustrent dans de larges panoramas où quelquefois, la mer s’aperçoit au loin. Comme dans Soleil et poussière, de Crémieux où la scène écrasée par le soleil laisse à peine apparaître, une mer aux couleurs de saphir. Certains artistes comme Olive ou Ponson s’attachent, quant à eux, à représenter des calanques et des ports. D’autres regardent du côté de la peinture officielle. À l’instar de Grésy, sous l’influence des Salons officiels, qui introduit un sujet mythologique avec la présence de nymphes dans un paysage provençal. À partir de 1852, les Salons parisiens s’ouvrent aux artistes et aux sujets méridionaux, suscitant un intérêt pour cette région en pleine expansion.
[…] Le Midi est naturaliste, car la nature y est si belle et si claire que l’homme, n’ayant rien à désirer, ne trouve rien de plus beau à inventer que ce qu’il voit [...] C. Baudelaire

2. L'appel de la lumière Méditerranéenne (1870-1900)

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vue_prise_de_beaulieu.jpg, par TPolard

Avec l’arrivée de la ligne ferroviaire Paris-Lyon-Marseille, vantée par ses affiches publicitaires, de nombreux artistes attirés par la douceur du climat, et par de nouveaux sujets sous une lumière qu’ils ne connaissaient pas, s’installent dans le Midi. Ces peintres réputés, venus des contrées septentrionales, vont au contact des paysages provençaux, transposer leurs pratiques et leurs palettes.
Ces artistes portent haut les couleurs de la Méditerranée jusque sur les cimaises des Salons parisiens comme Meissonnier, un des plus efficaces promoteurs du goût pour le sud ou Boudin, «le roi des ciels», qui garde sa palette par temps gris. Les couleurs se font plus claires et plus chatoyantes, tel le miracle de l’eau verte du port de Villefranche de Guiaud ou l’opposition des bruns de la terre avec les bleus de l’eau et du ciel de Flandrin. Les nuances sont ainsi plus légères, les bleus plus présents et les formats plus réduits.
Au contact de ces artistes, les peintres méridionaux font évoluer leurs pratiques. Ils se rapprochent du bord de mer, fréquentent les villes et les ports. La mer, thème de prédilection des peintres du nord pour sa lumière et ses aspects changeants, devient alors un sujet à part entière. Ziem et Olive en font un inépuisable champ d’expériences plastiques. L’effervescence créatrice qui suit la première grande révolution artistique qu’est l’impressionnisme va se faire ressentir aussi dans les rapports des peintres avec le Sud.

3. L'émotion est lumière et couleur (1900-1920)

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la_baie_de_cavaliere.jpg, par TPolard

Le pourtour méditerranéen devient un grand atelier où se retrouvent les artistes pour travailler ensemble et se confronter aux mêmes sujets. Les différentes pratiques se juxtaposent et se superposent parfois même dans la production d’un seul artiste. Cette émulation fait évoluer les techniques et nourrit une nouvelle modernité picturale qui s’exprime dans de nouveaux courants artistiques (pointillisme, fauvisme, etc.). De Renoir à Signac, de Cross à Valtat ou encore, plus tard, avec Ribemont-Dessaignes, la pratique du travail en plein air et la volonté de rendre la lumière de ce pays de cocagne, dans sa fugacité et sa vibration, vont exalter une couleur et une lumière qu’on ignorait.
Ainsi, à la recherche de l’inspiration, les artistes installent leurs chevalets dans des sites pittoresques où la couleur est brûlée, saturée par le soleil. À l’instar du bleu et du rouge des Roches d’Agay de Seyssaud et de Valtat, souvent représentées tant l’opposition des couleurs de la terre du ciel et de la mer est surprenante.
En usant d’une toponymie précise, les titres des oeuvres honorent les villes et les lieux de la Méditerranée. Les villages et les ports se cachent dans les anfractuosités de la côte, les déchirures de la montagne. Un nouveau pas est franchi quand la lumière et la couleur deviennent un sujet de peinture à part entière.
L’émotion est lumière et couleur, la création est effervescence.
L’éblouissement du soleil méditerranéen va amener ces artistes à une remise en question.

4. Vers l'expression d'une réflextion individuelle

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jardin_public_a_hyeres.jpg, par TPolard

Le sud est plus que jamais une terre de bien-être et d’imaginaires. Ainsi, les ports, symbolisant le voyage et la découverte, continuent d’inspirer. Dans le calme, la chaleur et l’atmosphère diaphane du sud, on se repose, on fait la sieste, on lit, on se promène, comme dans les tableaux de Bonnard et de Camoin. Après l’explosion de la couleur et de la lumière, les peintres reviennent au motif et à la ligne. La recherche picturale devient plus personnelle, plus intellectuelle et l’expression d’une réflexion individuelle.
L’émotion cède la place à la pensée. L’artiste peint depuis son atelier, volets entrouverts sur la baie ou le vallon de la maison : Les Collettes de Renoir. Le motif provençal devient un prétexte à l’introspection et se décline en séries pour plusieurs artistes, les pigeons de Picasso, les oliviers de Pignon et les galets de Kijno. La Méditerranée devient le motif d’une création colorée, déstructurée ou recomposée à la manière de Chagall qui réorganise le réel et crée un univers onirique. Ainsi les sentiments s’expriment avec exaltation allant de la douleur ou de la joie au mysticisme.

Catalogue de l'exposition

Le catalogue de cette exposition propose d’abord deux textes pour introduire son propos.
Le premier du commissaire général Dominique Lobstein, montre combien le rôle des salons parisiens de plus en plus importants tout au long de la première moitié du XIXème siècle et l’arrivée du train dans le sud, mettent en lumière la place et l’évolution des peintres et des sujets méditerranéens dans l’histoire de l’art.
Le second, un essai de la directrice du musée jusqu’en octobre 2020, Amélie Bothereau, explique comment au travers de l’histoire du musée, ses collections composites se sont constituées entre Provence et Méditerranée par des conservateurs et des artistes locaux qui ont su sublimer cette région.

Puis, les 50 biographies et 66 oeuvres, qui illustrent le propos de cette exposition, permettent au lecteur de comprendre comment les artistes interprètent au fil du temps les magnifiques paysages méditerranéens au travers des différents courants de la peinture entre 1850 et 1950. Enfin, pour aller plus loin, 5 conservateurs en chef de musées de France parlent d’artistes ou de collections en dialogue avec le contenu de cette exposition.

198 pages avec couverture à rabats
Dimensions : 21x28cm
Prix : 20 €
Conception : La Fabrique créative
30 rue de Charonne 75011 Paris
01 42 72 15 47
ecrire@lafabcrea.fr

 

 

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